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Les besoins des victimes de cybercriminalité sont les mêmes que ceux de crimes traditionnels

Par Pawan Dhillon

La numérisation des sociétés depuis les dernières décennies a été accompagnée par une augmentation des crimes en ligne. Que ce soit des crimes dits traditionnels qui ont trouvé un écho en ligne ou bien l’apparition de nouveaux crimes n’ayant d’équivalent hors ligne, ces crimes font de nombreuses victimes chaque année, et ce chiffre est en constante augmentation.


Les impacts de la criminalité sur les victimes et les besoins exprimés par ces dernières sont bien connus dans la littérature scientifique. Bien que la cybercriminalité fasse de plus en plus de victimes, les impacts sur les victimes sont encore peu documentés et notamment les besoins des victimes (Serene-risc, 2022).


Quels sont les besoins des victimes de cybercriminalité ?


Dans une étude récente (Leukfeldt, Notté and Malsch, 2019), les chercheurs Leukfeldt et coll. ont interviewé 19 victimes et 22 experts œuvrant auprès de ces dernières, afin d’explorer les besoins spécifiques des victimes de la cybercriminalité. Les chercheurs se sont penchés sur certains crimes informatiques tels que le piratage informatique, les rançongiciels, l’hameçonnage, la fraude amoureuse, le cyberharcèlement et le cyberharcèlement sexuel. Les victimes ont été questionnées sur leurs besoins spécifiques, les actions posées afin de combler ces besoins et jusqu’à quel point leurs besoins ont été satisfaits. Une liste de 30 besoins leur a été fournie pour qu’elles indiquent à quel point ces besoins sont cruciaux pour elles. Les experts intervenants auprès des victimes ont aussi été amenés à partager leur expérience professionnelle.


Les résultats de cette étude ont démontré que les victimes de cybercriminalité ont les mêmes besoins que les victimes de crimes traditionnels. Notamment, le besoin le plus fréquemment nommé et le plus important pour les victimes est la reconnaissance (Leukfeldt, Notté and Malsch, 2019). En effet, les victimes de cybercriminalité sont souvent blâmées pour leur victimisation et considèrent ne pas être prises au sérieux par les autorités. En outre, en raison de la méconnaissance des enjeux de cybercriminalité, il est difficile pour les victimes de faire reconnaître leur victimisation. Les victimes ont également exprimé l’existence d’un manque de connaissances par rapport à l’analyse et la gestion de la cybercriminalité chez la police. D’ailleurs, peu d’actes de cybercriminalité, comparativement aux crimes traditionnels, font l’objet de poursuites judiciaires. Dans l’étude néerlandaise, seulement 2 victimes sur les 19 ont rapporté qu’une condamnation du délinquant a été prononcée dans leur cas.


Les besoins des victimes de cybercriminalité


Les crimes traditionnels, notamment ceux commis contre la personne sont davantage pris au sérieux comparativement aux crimes contre les biens ainsi que la cybercriminalité, notamment parce que les crimes contre la personne sont considérés plus graves. Mais cela ne change pas le fait que la victime a subi une atteinte à son intégrité mentale, une souffrance morale et/ou une perte matérielle et doit composer avec les conséquences qui en découlent (psychologiques, financières, existentielles, sociales, physiques), en plus d’avoir certains besoins à combler (Poupart and Leroux, 2018).


Il est important de souligner les besoins les plus importants chez les victimes (Poupart and Leroux, 2018) :

  • L’information

  • Le soutien

  • L’aide professionnelle

  • La réparation

Besoins informationnels : Lors d’une victimisation, les victimes ressentent souvent de la confusion, de l’impuissance, de l’inquiétude et éprouvent de la difficulté à comprendre ce qui s’est produit et les répercussions de l’incident. Ces émotions engendrent plusieurs questions auxquelles les victimes souhaitent des réponses et des informations justes et pertinentes. Ces informations permettent à la victime de reprendre le contrôle de sa situation et favoriser sa mobilisation dans les procédures qui vont s’ensuivre et les démarches d’indemnisation, de protection, de soutien et de justice (Poupart and Leroux, 2018). Dans les cas de cybercriminalité, les victimes reçoivent souvent peu d’informations que ce soit sur l’incident, l’auteur de l’incident ou bien encore sur les procédures en cours au niveau des agences d’application de la loi ou des institutions financières. Avoir des informations leur permettrait de s’assurer que leur situation est prise au sérieux par ces organisations.


Besoin de soutien : lorsqu’un évènement traumatisant survient, il est normal pour les victimes d’avoir besoin de se confier, de parler de son vécu et de ses émotions, et de rechercher du soutien auprès de ses proches. Ce soutien affectif peut également les aider à se sentir moins seules et à atténuer les effets de la victimisation.


Besoins pratiques : les victimes de cybercriminalité ont plusieurs besoins pratiques. Tout d’abord, tout comme les victimes des crimes traditionnels, elles ont besoin d’être orientées vers les ressources appropriées qui leur donneront des informations précises, de l’accompagnement et même des conseils. Les victimes de cybercriminalité ont souvent également des besoins en termes de soutien technique plus présent que pour les victimes de crimes traditionnels. Les démarches à entreprendre peuvent être multiples et lourdes pour les victimes et une aide ponctuelle peut les soutenir dans les diverses démarches et leur éviter de les affronter seules.


Besoins de réparation : le crime subi peut engendrer d’importantes pertes financières et matérielles, par exemple : perte de journée de travail, frais pour certaines démarches, etc. Il est donc fort possible que certaines victimes aient besoin d’une réparation immédiate. Cependant, dans les cas de fraude en ligne, les délais peuvent parfois être longs auprès de l’institution financière notamment si la police doit être impliquée dans la résolution de l’incident.


Que vous soyez victime de cybercriminalité ou d’un crime traditionnel, vos besoins vont s’avérer être les mêmes. Il faut d’ailleurs garder en tête que les besoins varient d’une personne à l’autre, dépendamment du contexte de victimisation, du vécu antérieur et de la perception du crime.


 

Sources


Leukfeldt, E. R., Notté, R. J., & Malsch, M., 2020. Exploring the Needs of Victims of Cyber-dependent and Cyber-enabled Crimes. Victims & Offenders, 15(1), 60–77.


POUPART, L. & LEROUX, K., 2018. Introduction à l’intervention auprès des victimes d’actes criminels. Association québécoise Plaidoyers-victimes. 3e Édition.


Serene-risc.ca, 2022. Do the needs of victims of cybercrime differ from the needs of victims of traditional offline crime?. Repéré à https://www.serene-risc.ca/fr/digest/dige174


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